Jean-Claude Brondani

Nostalgie

Par Jean-Claude Brondani

 

"Vous voudrez bien me pardonner de mêler mes souvenirs personnels et ceux du GANT D’OR, même si ceux-ci s'entrechoquent quelquefois et même si la chronologie n'est pas toujours respectée. La raison en est que nous avons été, le GANT D’OR et moi, élevés et avons grandi pratiquement ensemble.

J’avais 6 ans et le GANT D’OR 8 lorsque la municipalité de l’époque décida de récupérer le terrain sur lequel la baraque du GANT D’OR avait été édifiée. C’était un bâtiment en bois, ayant d’abord servi de classes provisoires pendant la guerre. C’est dans cette baraque, implantée à l’angle de la rue Gabriel Péri et ce qui est actuellement la rue Jean Mermoz, que le GANT D’OR est né et que j’ai fait pratiquement mes premiers pas, grimpé mes premiers barreaux d’espaliers et fait mes premières roulades, tandis que les boxeurs, à côté, sautaient à la corde, frappaient dans le sac ou prenaient la leçon.

Le souvenir en moi est encore vif de cette salle qui me paraissait immense mais qui, en fait, n’occupait que la surface de deux salles de classe, de ce vestiaire qui sentait la sueur et l’eau de javel.

 La jeunesse de HOUILLES venait s’y retrouver. Il faut se rappeler qu’a cette époque seule l’AVANT-GARDE (depuis longtemps déjà) et le GANT D’OR possédaient une salle de sport sur le territoire de la commune.

Je crois me souvenir qu’il n’y avait pas, non plus, de terrain de sport. Mon père m’emmenait quelquefois (à pied) voir jouer les footballeurs du H.A.C. sur le stade de la Cellophane, à BEZONS. Fallait-il avoir envie de faire du sport, à cette époque, pour pratiquer ! C’est aussi l’époque où, le dimanche, mon père allait « soigner » ses boxeurs au « central » et m’emmenait dans cette salle enfumée, située au bout d’un couloir interminable et noir de la rue du Faubourg Saint-Denis. C’est là que se côtoyaient les titis parisiens et les amateurs du noble art : Jean COCTEAU, Vincent SCOTTO, Georges ULMER et les vedettes de ce que l’on n’appelait pas encore le show-biz. Curieuse ironie du sort, la salle du Central deviendra, dans les années 60, le DOJO national où je me suis entraîné et ai transpiré tout au long de ma carrière de judoka. A cette époque, les amateurs du GANT D’OR avaient pour nom : BINI, Serge VAN ZANDT, DECOMBREDET, RIZZI, COLLIN, CHAUTARD, DENIS, CHABALLIER, ASLANIDES, CAVE, ou SADDA, POSTIC (un peu plus tard).

La Salle du Gant d'Or en 1942.

Certains ont malheureusement disparu. Beaucoup, heureusement, sont encore parmi nous et pardon à ceux que j’ai oubliés. La plupart de ceux-ci ont gardé des liens affectifs très étroits avec ce qui est leur jeunesse et bien plus encore : un ensemble de moments de fraternité intense, un creuset dans lequel ils sont devenus des hommes. Le catalyseur de cette tranche de vie intense était, bien sûr, mon père Franco, soutenu par toute une équipe de dirigeants généreux et enthousiastes.

C’était l’époque où l’on organisait des réunions de boxe au stade Léo LAGRANGE, derrière la mairie ou dans la salle des Fêtes municipale, l’actuelle salle René CASSIN. Chacun donnait la main pour monter le ring : le président GILLARD, avec les membres de son bureau : Maurice et Roger VAN ZANDT, HUBERDEAU, DUPUIS-DUPIN, etc. Le GANT D’OR pouvait alors recevoir les plus grandes écuries de boxe de la région parisienne : le Ring de MONTREUIL de Jean TRAXEL, le RED STAR de SAINTOUEN de JOVER, le Boxing-Club du 10e de Jean BRETONNEL, le Ring de CHATOU, le Ring Garennois de Jérôme CAMPIGLIA. Jo TAFFANELLI faisait le speaker. Je me rappelle encore sa voix de stentor présenter les combattants ou annoncer: « Et une prime de 10 F à partager entre les 2 boxeurs » offerte par un amateur ! C’était, pour mes yeux d’enfant le VEL D’HIV. Sa capacité ne devait pas dépasser 200 ou 300 places... pas de douche, pas de vestiaire mais quelle ambiance !...

La fin de cette période est marquée par le déplacement du GANT D’OR sur le terrain de la rue Gambetta ou il restera jusqu’en 1975. La boxe y vivra encore quelques belles journées, avec le sommet de la carrière de Dante BINI et son titre de champion de France. C’est aussi la période MONTANE, le chanteur-boxeur toulousain qui était venu retrouver à PARIS son manager, l’ancien champion du monde, Eugène HUAT et qui était venu habiter à HOUILLES où il avait retrouvé des amis toulousains. Il venait régulièrement s’entraîner dans la salle du GANT D’OR qui l’avait adopté.

Page par page, ce chapitre s’est refermé. La boxe perdait, petit à petit, de son attrait, au fur et à mesure que notre Société s’installait dans le confort, le loisir, la consommation et que s’éloignait la période de la guerre, des restrictions. Mon père prenait ses distances avec la boxe pour se consacrer totalement à la kinésithérapie, tandis que le fleuron du Club : Dante BINI décidait de raccrocher les gants. A la suite les uns des autres, quelques uns des élèves tentèrent de prendre le relais et d’entretenir la flamme. Aujourd’hui, la boxe au GANT D’OR existe toujours. On en parle moins, c’est tout... On y pratique encore une boxe académique, une boxe de loisirs : le « noble art » que ne récuserait certainement pas ni Franco, ni ses amis dirigeants fondateurs.

Aujourd’hui, le judo, l’escrime, le karaté, des générations nouvelles de dirigeants et d’enseignants, toujours aussi enthousiastes, toujours aussi attachés au Club et à ses valeurs, ont repris la tradition. D’autres viendront les remplacer. Que tous soient remerciés...  et que la tradition se perpétue pour que vive le GANT D’OR."

J.C. BRONDANI

Président d’honneur du Gant d'Or de Houilles

(Président du Gant d'Or de 1967 à 1979)