Houilles, le 1er mars 2003
DANTE BINI, GLOIRE DU GANT D'OR…
Par Jean-Claude Brondani
Le samedi 1er Mars 2003, était inauguré au Gymnase Jean
Guimier, par Monsieur Alexandre Joly, Maire de Houilles, la salle Dante Bini. De
nombreuses personnalités assistaient à cette émouvante cérémonie: Dante Bini
lui-même, entouré de son épouse, de ses enfants et petits enfants, Gilles
Limouzin, président du Gant d'Or accompagné des membres de son comité directeur,
de Stéphane Roussel et Sandrine Matile, actuels professeurs de boxe au Gant
d'Or, des élus locaux, des présidents d'associations amies.
Cette sympathique cérémonie donna l'occasion au Maire et au Président d'honneur
Jean-Claude Brondani, de rappeler aux plus jeunes, l'histoire du premier
champion du Gant d'Or de Houilles.
Un enfant de Houilles…
Dante BINI est né le 23 Juillet 1927 à Bezons. Il arrive à Houilles à l'âge de
6ans, où il habite toujours. Il fréquente l'ancienne école Welter, aujourd'hui
maternelle de la rue Zamenhof, où il obtient son Certificat d'Etudes Primaires.
Il poursuit ensuite sa formation à l'école d'apprentissage de Courbevoie, où il
passe avec succès un C.A.P d'ajusteur.
A 20 ans, il se marrie avec Denise. Ils auront 2 enfants: Gérard, devenu
aujourd'hui restaurateur et Michel, médecin à Roanne. La dynastie des BINI, qui
compte à ce jour: 6 petits enfants et bientôt un arrière petit fils, n'est pas
prête de s'éteindre.
De la fin de son apprentissage, jusqu'à la fin de sa carrière sportive, il
travaille comme ajusteur chez OTIS, l'entreprise d'ascenseur bien connue.( La
carrière sportive même professionnelle ne permettait pas alors de vivre de son
seul sport)
Il travaille ensuite jusqu'à l'âge de la retraite, comme cadre, sur les
pipe-lines Le Havre/Paris, où il retrouve un autre ancien boxeur du Gant d'Or:
André Chautard, dit "Mickey".
Il vit aujourd'hui une retraite paisible, dans sa maison de la rue de
Strasbourg, construite grâce à ses poings, et aux bourses récoltées sur les
rings de France et d'Europe.
Une famille immigrée…
Le père: Arthur, quitte sa Toscane natale et émigre en France dans les années
20, pour fuir le fascisme. Riveteur de formation, il travaille dans les mines du
nord de la France pendant quelques temps, avant de venir s'installer dans la
région parisienne. Son épouse, Génoise d'origine, l'y rejoint. C'est là que
naissent Dante, puis son frère Pierre, aujourd'hui décédé. Pendant la guerre, il
combat du coté de l'armée française.
De nombreuses années après, Arthur reçoit de la République Italienne, pour ses
faits de résistance au fascisme, la décoration de "Cavalière del Ordine di
Vittorio Veneto", distinction équivalente de notre légion d'honneur.
Toute sa Carrière sportive au gant d'or…
En 1945, âgé de 18 ans, il arrive au Gant d'or, où il suit l'enseignement du
Professeur Franco Brondani. Venu avec ses copains pour faire de la culture
physique, il se retrouve très vite avec des gants de boxe au bout des bras. Il
est doué. Il ne quittera jamais, ni son club d'origine, ni son professeur,
jusqu'à la fin de sa carrière sportive en 1958, à 31 ans.
Les champions de cette époque avaient nom Marcel Cerdan, Ray Sugar Robinson,
Laurent Dauthuille (le Tarzan de Buzenval), Robert Charron, Robert Villemain,
Ray Famechon, Charles Humez…
A l'issue de sa carrière de champion, Dante passe les examens de professeur de
Boxe et prend la succession de Franco Brondani au Gant d'Or.
La période est difficile pour la boxe, qui n'est plus à la mode en France. C'est
un sport dur et ingrat où ne réussissent bien que ceux qui ont faim. Malgré la
conjoncture défavorable, il prend en charge les élèves du Gant d'Or, parmi
lesquels Mouloud Benchakal et Albert Deniel, qui se font un palmarès amateur de
bon niveau avant de s'essayer à une carrière professionnelle. Dans les annèes
60, Dante ne peut plus concilier son activité professionnelle, qui exige de
nombreux déplacements, et la responsabilité d'enseignant au Gant d'Or. Il passe
la main à son élève Albert Deniel.
Un palmarès copieux…
Toute sa carrière se déroule dans les poids coq (moins de 53,5 Kgs).Il livre 35
combats chez les amateurs, où déjà ses performances le font remarquer. Il
effectue son service militaire au bataillon de Joinville. Il participe aux "Jeux
Interalliés". International militaire, il est sélectionné pour la rencontre
France-Autriche.
Son service militaire terminé, il passe professionnel, dans les rangs desquels
il livre 72 combats en 10 ans de carrière (de 1948 à 1958). Ses combats le font
vite sortir du périmètre de Paris, Houilles, Carrières ou Chatou pour écumer les
rings de Marseille, Valenciennes, Cherbourg, Brest, Coutances, Saint Brieuc et
aussi Oran, Casablanca, Milan, Londres, Bruxelles, Liège, Glasgow, Copenhague,
Helsinki. A Paris, il fait les belles soirées de la salle Wagram ou du "Vel
d'Hiv".
Jeune professionnel, il bat à 2 reprises Théo Medina, un Gitan fantasque, ancien
champion d'Europe, ce qui lui vaut d'entrer dans le gotha des poids coq. Il
rencontrera par la suite d'autres champions renommés tels que le Belge Jean
Sneyers, également ancien champion d'Europe, où Robert Cohen, futur champion du
Monde
Après avoir échoué une première fois, en 1954 contre André Valignat, puis une
deuxième fois en 1956 contre Emile Chemama, il fait mentir le dicton jamais deux
sans trois, et conquiert le titre de champion de France contre Stanislas Sobolak
en 1956.
En 1957, il défend victorieusement son titre à deux reprises contre Robert
Tartari, puis contre Roger Cappato, avant de le perdre la même année, contre
Eugene Lecozannet, dans ce que la presse unanime considère comme une décision
scandaleuse. Le championnat se déroule à Saint Brieuc sur les terres du
challenger devant 3000 supporters fanatisés. L'arbitre Juge unique n'a pas le
courage d'affronter la colère prévisible de cette foule et donne la victoire au
breton. Le lendemain, le journaliste Jean Dumas débute son commentaire par:
"L'arbitre a perdu la tête et Bini, son titre". Un autre article commence par:"
Assez d'injustice, la province n'est pas la forêt de Bondy…"Raymond Meyer écrit
dans l'Equipe: "rarement verdict fut aussi scandaleux…"Cette décision, qui
devait éloigner définitivement Franco Brondani, du "monde da la boxe
professionnelle" pèse très lourd dans la fin de carrière de Dante. Les portes du
championnat d'Europe qui lui étaient grandes ouvertes, se ferment brutalement.
A 30 ans, il fait encore 3 combats avant de tenter un impossible quitte ou
double, en défiant Alphonse Halimi, champion du monde en titre. La foi n'est
plus là. Il perd par arrêt de l'arbitre, après un combat d'homme, digne et
courageux. Bien conseillé par son entourage, il sait ne pas faire le combat de
trop et décide alors d'abandonner la boxe professionnelle après une carrière
bien remplie.
Un styliste d'exception…
Dante a toujours été considéré comme un styliste, une expression vivante du
"Noble Art": il savait donner des coups tout en évitant d'en prendre. Ses coups
et ses enchaînements étaient fluides, précis et pouvaient servir d'exemple aux
écoles de Boxe. Il possédait à merveille l'art de la feinte, de l'esquive et de
la remise. Ce qui ne l'empêchait pas de faire preuve de courage, lorsqu'il
rencontrait un frappeur.
Coté défaut, on lui reprochait souvent son manque d'agressivité, de pugnacité.
Il fallait que ses adversaires lui fassent mal pour qu'il devienne méchant.
Modeste plus qu'il ne faut, il semblait ne pas croire en ses capacités qui selon
les connaisseurs étaient immenses. D'un naturel plutôt discret, il ne cherchait
pas à faire parler de lui, autrement que par ses résultats sportifs.
Le football, son autre passion:
Parallèlement à sa carrière de boxeur, il joue au foot en corpos, ce qui
provoque régulièrement des coups de gueule de son professeur, à cause du risque
de blessures et des conséquences éventuelles sur le programme d'entraînement. Sa
carrière terminée, il continue à jouer quelques années avec les vétérans de
Carrières.
Un champion discret…
Il semble que Dante n'est jamais reçu de décoration officielle, en dehors de
médailles diverses, de la ville de Houilles, ou d'autres villes amies. A cette
époque la République était plus chiche de reconnaissance, qu'elle ne l'est
aujourd'hui envers les mérites sportifs: autre temps, autre culture? Il faut
dire que le caractère modeste et discret de Dante ne le poussait pas à une
demande de reconnaissance ou d'honneurs. Dante était, et est resté un
gentilhomme exemplaire sur et en dehors du ring. Personne ne l'a jamais entendu
dire du mal de ses adversaires. C'est d'ailleurs souvent dans les sports durs,
comme l'est la boxe, que l'on se respecte le plus, entre adversaires.
La ville de Houilles honore un de ses plus anciens et plus méritants sportifs en
donnant son nom à la salle utilisée notamment par les boxeurs du Gant d'Or.
C'est aussi la bonne occasion de le remercier…
Merci Dante, pour le plaisir apporté à tous les amateurs de belle boxe...
Merci pour le rêve dans lequel tu as entraîné tant de supporters et d'amis…
Merci pour le bel exemple de tes qualités humaines…. |