Historique du JUDO
L'instinct de conservation est une des forces universelles des êtres de la création. Chaque homme la possède à un degré plus ou moins développé ; c'est elle qui a donné naissance, au cours des siècles d'expériences, aux technologies individuelles, puis, avec la constitution des sociétés, aux véritables méthodes de combat.
Avant que le judo ne se dégage de cette foule, un premier tri avait été fait par les maîtres de JU-JUTSU, méthodes de combat qui sont les ancêtres directs du judo d'aujourd'hui et qui furent longtemps gardées jalousement secrètes par les diverses écoles (RYU).Le vieux JU-JUTSU est l'art de guerre le plus typique du Japon et on trouve des traces sérieuses dans des documents du 8ème siècle, tels le KJIKI (recueil des choses anciennes) et le NIHON SHOKI (chroniques du japon).Mais ce n'est qu'à partir du milieu de l'époque de Muromachi (1392-1573) que le ju-jutsu prit de l'importance. Cette période sombre de notre histoire, époque de luttes féodales, de désordre et de chaos social, vit fleurir des dizaines d'écoles aussi fermées les unes que les autres et dont seuls les noms sont parvenus jusqu'à nous : yawara, koshi no maxati, hobaku, kogusoku, kenpo ,tai-jutsu, wa-jutsu, torite, hakuda, shubaku, etc..
Le répertoire technique ne devait pas être alors très élaboré et dérivait pour l'essentiel des anciennes techniques du SUMO.Ces méthodes de combat consistaient d'ailleurs à triompher d'un adversaires armé ou non, que ce soit avec ou sans armes. Le vieux ju-jutsu incluait donc également des techniques d'armes. L'école la plus représentative de ce temps, et qui a survécu, est TAKENOUCHI RYU fondée en 1532, par un fils de DAIMIO (gouverneur féodal) après un temps d'ascèse dans la montagne à l'issue duquel l'art du combat avec et sans armes lui fut révélé, dit on par les Tengu (génies de la montagne).
Mais c'est surtout pendant la période d'EDO (1615-1868) que le ju-jutsu prit son essor véritable ; ce fut une époque de paix et de retour à l'ordre, voulue par l'empereur et les samouraï, désœuvrés, se mirent à fréquenter les dojos, pour remplacer les champs de bataille ; c'est en ce temps que les techniques s’affinèrent et s’imprégnèrent d'esprit. Le XVII eme s. fut la grande ère du ju-jutsu : beaucoup d'expert, samouraï ou maîtres d'armes, fondèrent des écoles portant leur nom, formèrent des élèves qui ouvraient leurs propres écoles. La rivalité était terrible, les défis nombreux et sanglants, les techniques primitives et souvent irrationnelles, vues d'un point de vue moderne. Mais les bases définitives de ce qui allaient devenir le judo étaient jetées. Ainsi l'école TENJINSHINYO-RYU, classa les techniques de KATAME-WAZA (immobilisation), de SHIME-WAZA (étranglements) et de ATEMI-WAZA (coups frappés) qui seront les premières bases sur lesquelles travaillera KANO JIGORO, fondateur du judo moderne. De même, le principe de NAGE-WAZA (projections), principe de la souplesse, était la base de l'école YOSHIN-RYU (école du cœur de saule), créée par SHIROHEI AKIYAMA.
Enfin, bien des fondements de KITO-RYU se retrouvent dans le judo actuel et Kano Shihan a immortalisé cette école à travers le KHOSHKI-NO-KATA. Quand à l'esprit des techniques, on en parle également dans les archives de maintes anciennes écoles de ju-jutsu ou l'on recherchait plus l'élévation humaine que le combat réel. L'école JIKISHIN-RYU, et quelques autres avaient déjà adopté le mot de " ju-do" avant que cette appellation ne deviennent populaire. On y trouve "DO" qui rappelle "la Voie de la perfection", et "JU" principe de la souplesse, aussi bien physique que mental, dont il est déjà question dans la pensée chinoise de l'E-HUI, qui ramène le monde à un équilibre permanent entre le YANG (principe positif) et le YIN (principe négatif), ou entre le GO (le dur) et le JU (le souple).L'école SHIBUKAWA interprétait le JU dans un sens un peu différent mais également révélateur de ses préoccupations spirituelles : JU provenait de JUJUN, qui signifie obéissance, dans le sens de "non-résistance", de l'Harmonie parfaite de notre action avec celle de l'adversaire.
1868 fut une année terrible pour les arts martiaux (restauration de l'empereur MEIJI) car le Japon s'ouvrait à toutes les influences étrangères et rejetait ses propres traditions. Les arts du BUDO perdirent tout prestige dans leur propre pays, supplantés par la vague de modernisme et beaucoup d'école de JU-JUTSU disparurent. Les derniers Maîtres survécurent difficilement, totalement abandonnés. Ce fut en ces temps difficiles, que grandit Jigoro Kano. Son rôle ne se borna pas seulement a réaliser une synthèse cohérente des vieilles techniques oubliées de Ju-jutsu ; il posa définitivement l'idée que les possibilités de l'art martial dépassait largement le plan physique et que ce qu'il appelait alors "JUDO" (le suffixe "DO", la Voie remplaçait définitivement celui de "JUTSU", la Technique) pouvait être un fantastique moyen de développement moral pour l'individu d'abord, pour la société tout entière ensuite. C'est cet idéal qui sauvera le vieil art martial de l'oubli.
C'est à l'age de 17 ans que le jeune Kano, de nature chétive, décida d'étudier TENJINSHINYO-RYU avec Maître FUKUDA, qui n'avait plus guère d'élèves, puis, après sa mort, KITO-RYU, ainsi que, parallèlement d'autres écoles anciennes. Déjà sa synthèse personnelle prend forme. Dès février 1882, il créé le Judo du KODOKAN (judo de l'institut du grand principe) et ouvre son premier Dojo dans le petit temple bouddhique d'EISHO-JI , avec 9 disciples (le premier élève fut TOMITA TSUNEJIRO) évoluant sur 12 tatamis. En août 1882, SAIGO-SHIRO, une autre grande figure du Judo, entre au KODOKAN.Mais la solidité du vieux bâtiment est mise en danger par la violence des chutes sur les tatamis et il fallut très vite construire un nouveau dojo à l'extérieur. Le Kodokan déménagea plusieurs fois.
Ce fut entre 1886 et 1889, au Dojo de Fujimi-Cho, à Tokyo, que la suprématie du judo du Kodokan allait définitivement s'établir après, notamment, le grand tournoi entre le judo et des combattants sélectionnés par le YOSHIN-RYU-JU-JUTSU qui vit l'écrasante défaite de ce dernier. Ce fut également dans cette même période que la véritable fusion des vieilles techniques s'établit sous l'impulsion de Kano, qui modifia certaine technique a la lumière de ses premières expériences et avec l'aide de ses premiers disciple (Kano avait présenté la première forme du Nage-no-kata en 1884, mais le modifia plusieurs fois par la suite). Le nouveau Judo fut débarrassé de l'esprit féodal des anciennes écoles de ju-jutsu, les vieilles techniques furent examinées scientifiquement et un nouveau système d'entraînement fut organisé (mise au point des Ukemi, techniques de chutes).De rigoureuses éliminations et sélections furent faites en bannissant de la nouvelle méthode, qui ne voulait retenir que le point de vue éducatif, tout ce qui pouvait être dangereux à l'entraînement ainsi l'Atemi-waza fut pratiquement éliminé au profit des projections et des immobilisations, qui pouvaient s'employer en assauts sportifs. A partir de 1905, après la victoire du Japon sur la Russie, l'intérêt sur les choses de l'étranger déclinait et le nationalisme reparut : le Judo profita de ce renouveau des traditions nippones. Les universités puis les écoles l'enseignèrent. Le Kodokan n'eut plus l'exclusivité d'un sport revenu à la mode (c'est grand rivaux furent, avant 1940 le BUTOKUKAI DE KIOTO et le KOZEN, qui pratiquait davantage le judo au sol et dont l'efficacité était certaine) mai Jigoro Kano poursuivait l'expansion d'un art martial dont il fut le premier à réaffirmer l'intérêt, au cour de plusieurs voyages à travers l'Europe et les EU jusqu'à sa mort en 1938. Ses 9 premiers élèves de 1882 devinrent 100 en 1886, 600 en 1889, et s'élève de nos jours a plusieurs millions rien qu'au Japon. |

